Au risque de vous paraitre idéaliste & de nouveau utopique à vos yeux, je continue tout de même mon partage sur ce thème.
Que voulez-vous, ma conviction et ma réalité dépassent de loin ce que l'on m'avait inculqué ou suggéré sur le mariage. Mariage qui d'ailleurs ne me semble pas une fatale issue. D'autres engagements me semblent concevables. L'essentiel étant de réunir deux êtres ou plus (concevable aussi !) à l'unisson.
Dans "Eloge du mariage, de l’engagement et autres folies" Christiane SINGER nous propose d'autres parcours loin des adages récurrents. S'engager oui mais vers quoi ?
Il y a engagement et engagement. Cet acte n'est pas anodin et le respecter nous amène à nous respecter nous-même.

Présentation du livre :
Entre le désir profond de se lier, de s'engager corps et âme, et le désir tout aussi profond de préserver sa liberté, d'échapper à tout lien, quel tohu-bohu ! Or, pour vivre ces exigences contradictoires et d'égale dignité sans être écartelé, il n'y a aucun secours à attendre ni de la philosophie, ni de la morale, ni d'aucun savoir constitué. Il est probable que les seuls modèles adaptés pour nous permettre d'avancer sont la haute-voltige et l'art du funambule. Un mariage ne se contracte pas. Il se danse. A nos risques et périls.

Extraits :
''Il y a aujourd'hui un irrespect de l'engagement qui fige la moelle dans les os. Entrer au service de la vie est un devoir d'honneur.Mais qui a songé à le dire? A dire aux époux qu'ils partent sans ticket de retour pour une odyssée et que le voyage va aussi les mener à travers des forêts sombres, des steppes désertiques? et qu'ils vont connaître la lassitude, la sensation de devenir étrangers l'un à l'autre et à soi-même? qu'ils traverseront des contrées dont la langue leur sera inconnue et où tout ce qu'ils auront appris ne servira à rien? et qu'il y aura des moments peut-être où ils seront plus seuls - ensemble - que seul, par une nuit d'orage, au bout d'une digue battue par les vagues? Qui a songé à leur dire qu'une seule chose les portera: la fidélité à leur plus haute espérance - à ce qui leur a été donné de pressentir en l'instant où ils ont le plus aimé! Qu'ils sachent que cette folie-là, cette fulgurance, cette clairvoyance qui n'aura peut-être duré que le temps de battre des cils est pourtant le seul roc sur lequel se construit une vie, et qu'il n'est de fidélité qu'à cette folie - parce qu'elle seule est à la (dé) mesure de l'amour.

(...)Quand je laisse se dérouler devant moi tous les cortèges des noces auxquelles j'ai été conviée ces dernières décennies et dont je sais qu'un divorce les a depuis dispersées - comme une intempérie brusque fait s'enfuir en tous sens, une main sur le rebord de leur chapeau, les personnes qui les composaient -, une grande tristesse est en moi. Pas l'ombre d'un jugement. Une sensation de découragement, d'impuissance, que j'ose comparer à celle qui m'assaille, à la mort d'un enfant - là où la vie n'a pas reçu jusqu'au bout sa chance !

(...) Personne ne m'ôtera de l'esprit qu'il en est ainsi des relations qui nous unissent et que nous scions à la base parce que nous les croyons mortes. Cinq jours de patience, un mois - ou vingt ans - et nous aurions assisté à un prodige: la loi rigoureuse du «meurs et renais».

Mon désarroi persiste, résonne loin.

Cinquante, cent, deux cents témoins - j'en étais - ont entendu les jeunes époux prêter serment: Pour le meilleur et pour le pire... Une seule chair... Où sont-ils allés ces mots?

Les avons-nous seulement entendus? Sommes-nous tous si morts sous nos apparences trompeuses de vivants et de citoyens que nous ne faisons plus de différence entre une porte de limousine claquée et un serment? Les mots sont-ils si nécrosés sous la croûte des insignifiances, des glapissements, des grognements que nous ne les entendons plus? Ont-ils comme les fruits des supermarchés perdu leur saveur, leur énergie vitale, leur rayonnement et leur pouvoir nourricier? Ou attendent-ils de nous leur salut?

(...) Cette nuit j'ai rêvé de noces qui dureraient longtemps - et où aucun apporterait un cadeau singulier: du temps. Il existe des époux-fossiles comme il existe des croyants-fossiles. Ce sont ceux qui attendent de l'institution du mariage comme de l'institution de l'Eglise qu'elles les protègent des désordres de l'amour et de la foi. Cette tentative désespérée de garder au monde la lumière originelle de l'éclair tout en désamorçant le danger mortel aurait quelque chose de presque émouvant si elle ne prétendait y parvenir vraiment! L'institution qui maintient l'éclair sous cloche, le garde vissé sous un reliquaire, le défend comme un butin de rapt, se rend coupable envers la vie. L'espérance que la fulgurance même puisse se conserver est la racine du drame.

(...) Pitié pour ceux qui se marient pour être heureux. Pitié pour ceux qui, par malheur, seront trop longtemps heureux de ce bonheur anodin qu'on leur souhaite au jour de leurs noces - trop longtemps amoureux de l'amour inoffensif des lunes de miel! Pitié pour ceux qui seront trop longtemps photogéniques et présentables comme au jour de leurs noces! Elles sont froides, les cages de verre quand la lumière des vitrines s'éteint! Le mariage ne nous veut pas présentables, il nous veut vivants! - et il nous fera perdre la face jusqu'à ce que, sous nos masques, apparaissent nos vrais visages.''