Parme...
Ecrit par Jill, le lundi 27 décembre 2010 à 10:33 , dans MOTS D'EROS

Un tendre ami m'a joliment suggéré de replonger dans l'œuvre de Stendhal suite à la lecture des citations déposées sur le thème de la cage.
Pour réparer cet oubli de ma part, je vous offre donc quelques mots de "La Chartreuse de Parme", un classique qu'il est doux de relire parfois. J'y ajoute quelques extraits d'autres écrits de ce bel auteur qui a su si bien parler des élans du cœur, de l'amour et des rencontres.
Le bonheur en prison...
Verrai-je Clélia ? se dit Fabrice en s’éveillant. Mais ces oiseaux sont-ils à elle ? Les oiseaux commençaient à jeter des petits cris et à chanter, à cette élévation c'était le seul bruit qui s’entendit dans les airs. Ce fut une sensation pleine de nouveauté et de plaisir pour Fabrice que ce vaste silence qui régnait à cette hauteur : il écoutait avec ravissement les petit gazouillements interrompus et si vifs par lesquels ses voisins les oiseaux saluaient le jour. S’ils lui appartiennent et elle apparaitra un instant dans cette chambre, là sous ma fenêtre. Et tout en examinant les immenses chaînes des Alpes, vis à vis le premier étage desquelles la citadelle de Parme semblait s’élever comme un ouvrage avancé, ses regards revenaient à chaque instant aux magnifiques cages de citronnier et de bois d’acajou qui, garnies de fils dorés, s'élevaient au milieu de la chambre fort claire, servant de volière. Ce que Fabrice n’apprit que plus tard, c’est que cette chambre était la seule du second étage du palais qui eut de l’ombre de onze heures à quatre : elle était abritée par la tour Farnèse.
Quel ne va pas être mon chagrin, se dit Fabrice, si au lieu de cette physionomie céleste et pensive que j’attends et qui rougira peut être un peu si elle m’aperçoit, je vois arriver la grosse figure de quelque femme chargée de soigner les oiseaux ! Mais si je vois Clélia, daignera-t-elle m’apercevoir ? Ma foi il faut faire des indiscrétions pour être remarqué; ma situation doit avoir quelques privilèges; d’ailleurs nous sommes tous deux seuls ici et loin du monde ! Je suis un prisonnier, apparemment ce que le général Conti et les autres misérables de cette espèce appellent un de leurs subordonnés...
Mais elle a tant d’esprit, ou pour mieux dire tant d’âme, comme le suppose le comte, que peut être à ce qu’il dit, méprise-t-elle le métier de son père ; de là viendrait sa mélancolie ! Noble cause de tristesse ! Mais après tout je ne suis pas un étranger pour elle. Avec quelle grâce pleine de modestie elle m’a salué hier soir ! Je me souviens fort bien, que lors de notre rencontre près de Côme, je lui dis : un jour je viendrais voir vos tableaux de Parme, vous souviendrez vous de ce nom : Fabrice Del Longo ? L’aura-t-elle oublié ? Elle était si jeune alors !
Mais à propos, se dit soudain Fabrice étonné en interrompant tout a coup le cours de ses pensées, j’oublie d’être en colère ! Serais-je un de ces grands courages comme l’antiquité en a montré quelques exemples au monde ? Suis-je un héros sans m’en douter ? Comment moi qui avais tant peur de la prison, j'y suis, et je ne me souviens pas d’être triste ! C'est bien le cas de dire que la peur a été cent fois pire que le mal. Quoi ! J'ai besoin de me raisonner pour être affligé de cette prison, qui comme le dit Blanes (prêtre astronome), peut durer dix ans comme dix mois ? Serait-ce l’étonnement de ce tout nouvel établissement qui me distrait de la peine que je devrais éprouver ? Peut être que cette bonne humeur indépendante de ma volonté et peu raisonnable cessera tout à coup, peut-être en un instant je tomberai dans le noir malheur que j’en devrais éprouver.
Dans tous les cas, il est bien étonnant d'être en prison et de devoir se raisonner pour être triste ! Ma foi, j’en reviens à ma supposition, peut être que j’ai un grand caractère.
La Chartreuse de Parme de Stendhal - Extrait du chapitre XVlll.
Les citations ci-dessus promises...
Le plus grand bonheur que puisse donner l'amour, c'est le premier serrement de main d'une femme qu'on aime.
De l'amour
Le pire des malheurs en prison … c'est de ne pouvoir fermer sa porte.
Le Rouge et le Noir
Un homme passionné voit toutes les perfections dans ce qu'il aime.
De l'amour II

Commentaires
1. Le lundi 27 décembre 2010 à 17:57, par Valmont
2. Le mardi 28 décembre 2010 à 08:43, par Cassiopée
3. Le samedi 1 janvier 2011 à 22:11, par François
4. Le lundi 3 janvier 2011 à 21:05, par Jill
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